LES MOTS NE SONT PAS JUSTES DES MOTS
Les mots ne sont pas de simples descriptions : ce sont des leviers d’expérience, des suggestions. Ils orientent l’attention, activent des émotions, déclenchent des comportements et structurent le dialogue intérieur.
Les mots ne sont pas que des mots : ils sculptent notre réalité intérieure, façonnent notre identité et influencent nos pensées.
Les mots ne sont pas juste des mots : ce sont des représentations subjectives de la réalité, c’est-à-dire la manière dont une personne vit une situation de l’intérieur, indépendamment de ce qui se passe objectivement.
Les mots que nous disons et que nous nous disons portent donc en eux une force considérable, capable d’influencer nos pensées, nos émotions et même notre réalité.
L’expérience Rosenthal - quand les attentes deviennent réalité
L’expérience menée par les psychologues Rosenthal et Jacobson dans les années 60 illustre ce phénomène.
Dans cette étude célèbre, lorsqu’on dit à des enseignants que certains élèves ont un gros potentiel ou au contraire sont en difficulté, leur manière de communiquer change radicalement. Ils donnent plus de feedback aux élèves « prometteurs », utilisent une tonalité émotionnelle différente, choisissent des mots différents et augmentent leur temps d’attente et d’interaction.
Résultat ces élèves ont effectivement progressé davantage que leurs camarades. Les attentes positives des enseignants, exprimées à travers leurs mots et leurs attitudes, ont créé une prophétie auto-réalisatrice. Cette découverte démontre que nos paroles peuvent transformer la réalité d’autrui.
Cette découverte nous montre que lorsqu’on utilise des mots qui jugent un résultat plutôt que de décrire un processus, on obtient des résultats très différents.
Les étiquettes vs processus
Les étiquettes enferment, tandis que la description du processus ouvre des possibilités de changement. Cette nuance dans notre langage peut faire toute la différence dans le développement personnel et relationnel.
Lorsque nous parlons de nos enfants avec bienveillance en disant « mon enfant est anxieux, il a toujours été angoissé et a du mal à suivre à l’école, il a besoin de plus de temps pour finir ses travaux », nous posons des étiquettes. Nous nommons une finalité, nous jugeons un résultat — ce qui empêche l’enfant de se développer dans un processus.
Le risque ? Que l’enfant, puis l’adolescent, ensuite l’adulte se conforme à cette étiquette.
Par exemple, il serait plus constructif de dire : « Mon enfant traverse actuellement une période d’anxiété, et nous cherchons ensemble des outils pour l’aider à se sentir plus serein. »
La question n’est pas de nier les difficultés réelles, mais de ne pas marquer au fer rouge quelque chose qui pourrait évoluer.
Le dialogue intérieur : ces mots que nous nous disons
Comment vous parlez-vous à vous-même ?
« t’es con », « t’es nul », « tu n’y arriveras pas » – Vous êtes vous déjà dit ça ?
Avez-vous remarqué quel ton vous utilisez pour vous parler ?
-> Un ton neutre, rude, sarcastique, ironique, autoritaire, léger, confiant ou…?
Et le volume, le rythme ?
-> très fort ou plutôt en chuchotant ?
-> lent, très lent ou rapide, en continu ou saccadé ?
Des personnes se parlent à elle-même, le faites-vous consciemment ?
Certaines personnes ont conscience qu’elles se parlent à elles-mêmes. Elles peuvent se répondre à voix haute et sont capables de calmer le débit ou de modifier leur façon de se parler.
D’autres se parlent en se donnant des instructions et en se motivant: « je fais ça, puis ensuite je fais ça, et si ça ne fonctionne pas, je ferai comme ceci », « je vais réussir »
Enfin, certaines personnes n’ont pas conscience de leur discours interne, tant il est rapide et condensé.
Ce que nous nous disons et comment nous le formulons déclenchent des émotions, en parallèle notre système de valeurs et de croyances s’active, influençant ainsi nos comportements. Prendre conscience de ce mécanisme, permet de transformer nos mots et notre façon de nous parler.
Amusez-vous à modifier le rythme, le volume de votre discours interne et remarquez ce que cela change dans vos sensations du corps.
Les mots dirigent l’attention
Là où va l’attention, va l’état émotionnel puis l’action.
Formulation -> Effet
« Tu as raté » -> Focus sur l’échec, inhibition
« Qu’est-ce que tu as appris ? » -> Focus sur le processus
« Fais attention » -> Active la peur
« Voici comment faire » -> Active la compétence
Changer les mots, c’est souvent changer l’état interne.
Il n'est jamais trop tard
Contrairement à ce que l’on croit, le temps ne corrige pas tout. Des adultes portent encore en eux des blessures causées par des mots reçus dans l’enfance.
La bonne nouvelle ? On peut travailler sur ces blessures à tout âge. Avec des outils d’hypnose, de PNL ou de coaching, par la modélisation, par le travail sur les croyances au présent, par l’introjection de ressources, par la régulation émotionnelle.
Car les mots que nous disons et que nous nous disons sculptent notre réalité intérieure et celle de ceux qui nous entourent.
A retenir
✔ Les mots sont des suggestions
✔ Les étiquettes figent, les descriptions ouvrent des possibilités
✔ Le changement commence souvent par une reformulation
✔ Modifier un mot peut transformer l’émotion et la réalité subjective
Conclusion
Les mots ne sont jamais neutres. Ils transportent des émotions, créent des réalités et influencent profondément ceux qui les reçoivent. En prenant conscience de leur pouvoir, nous devenons plus responsables de notre communication. Nous contribuons ainsi à créer des environnements plus humains, sécurisants et constructifs.
En coaching et en hypnose, travailler sur le pouvoir des mots ne consiste pas à embellir la réalité : c’est redonner de la liberté là où le langage a enfermé.


